Le quotidien d’un médecin à Gaza

Oct 2025 | 2025

#

C’est un texte très émouvant qui décrit une scène déchirante dans un hôpital de Gaza pendant une période de conflit. Le narrateur, un médecin, raconte son expérience avec un jeune patient dont la jambe est gravement blessée et dont la mère le supplie de ne pas amputer son fils. Le médecin, ému par la situation, fait tout son possible pour sauver la jambe du jeune garçon, malgré les difficultés et les doutes.

Le texte évoque la souffrance des civils, en particulier des femmes et des enfants, pendant les conflits. Il souligne également le rôle crucial des médecins et des infirmières qui risquent leur vie pour soigner les blessés.

Voici une traduction du texte en français :

« Je me souviens de la guerre, j’étais dans la salle d’opération, travaillant avec tout ce qui me restait de force et de patience. Des heures interminables de veille, de larmes et de fatigue qui ne pardonne pas, mais une chose me donnait la force de continuer : ma détermination à servir les blessés qui tombaient à chaque instant sous les bombardements aveugles qui ne distinguaient pas entre les enfants, les femmes, les vieillards ou les jeunes. Les bombardements étaient partout, et la douleur était dans chaque coin de l’hôpital.

On m’a informé de l’arrivée d’un jeune homme blessé avec sa famille, son état était grave et nécessitait l’amputation de la jambe en dessous du genou. J’ai attendu son arrivée des urgences, et lorsqu’on l’a amené dans la salle d’opération, j’ai vu un jeune homme d’une vingtaine d’années, le visage pâle comme s’il avait vu la mort en face. Après l’avoir anesthésié, j’ai découvert sa jambe déchiquetée et écrasée au point d’être incroyable.

Je suis sorti pour informer sa famille de la nécessité de l’amputation et j’ai vu sa mère… elle était assise par terre, pleurant en silence, les larmes coulaient comme si elle disait adieu à toute sa vie. Je me suis approché d’elle calmement et j’ai dit : « Mère, l’état de la jambe est très mauvais, il n’y a pas d’autre solution que l’amputation. » Elle m’a regardé avec des yeux suppliants qui me faisaient fondre le cœur et a dit : « Je t’en supplie, docteur, ne lui coupe pas la jambe… c’est mon fils unique, je n’ai pas de mari, il est toute ma vie. S’il te plaît. »

Puis elle s’est jetée à mes pieds, essayant de les embrasser. Le temps s’est arrêté à ce moment-là. Je l’ai relevée avec force, mon cœur se brisait de l’intérieur, et je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas, mère, Dieu willing, je ferai tout ce que je peux pour lui. »

Je suis entré dans la salle d’opération, les larmes aux yeux. Le silence régnait… je regardais sa jambe et je faisais l’impossible. J’ai reconstruit les os, j’ai rassemblé ce qui restait des muscles, je les ai fixés avec un appareil externe, et je savais en moi-même que la jambe ne survivrait pas, mais je n’ai pas pu éteindre la petite lueur d’espoir dans le cœur de cette mère seule.

Après deux heures de chirurgie, je suis sorti vers elle. Je lui ai dit d’une voix rauque : « Je n’ai pas coupé sa jambe, mère. » Elle m’a regardé avec des yeux noyés de larmes, a pris ma main et l’a embrassée en murmurant : « Que Dieu te récompense, mon fils. »

Ce moment a suffi pour arrêter le temps… pour faire naître en moi mille larmes nouvelles. La joie d’une mère pour un petit espoir dans un temps qui ne nous a laissé que tristesse et cendres. C’est la guerre… elle ne se contente pas de couper les membres, elle coupe aussi les cœurs et les âmes. Elle nous vole nos enfants, elle vole la tranquillité des médecins, et elle nous laisse – nous, le personnel médical – porter dans notre mémoire des cicatrices qui ne guérissent jamais. Des cicatrices qui s’appellent : Gaza. »

Texte original:

من ذاكرة الحرب

كنت في غرفة العمليات، أعمل بكل ما بقي فيّ من قوة وصبر.
ساعات طويلة من السهر، والدموع، والتعب الذي لا يرحم،
لكن شيئًا واحدًا كان يمنحني القدرة على الاستمرار:
إصراري على خدمة الجرحى الذين يسقطون كل لحظة من قصفٍ عشوائيٍّ لا يفرّق بين طفلٍ أو امرأةٍ أو شيخٍ أو شاب.
القصف في كل مكان، والوجع في كل ركنٍ من أركان المستشفى.

أخبروني بوجود حالة لشابٍ أُصيب مع عائلته،
حالة صعبة تستدعي بتر الساق تحت الركبة.
انتظرت وصوله من الطوارئ،
وحين أدخلوه إلى غرفة العمليات رأيت شابًا في العشرينيات، وجهه شاحب كمن رأى الموت بعينيه.
بعد أن تم تخديره، كشفت عن ساقه، فوجدتها ممزقة ومتهتكة إلى حدٍّ لا يُصدق.
خرجت لأخبر عائلته بضرورة البتر للحصول على موافقتهم،
وهناك رأيت أمّه…
كانت تجلس على الأرض تبكي بصمتٍ موجع،
دموعها تنزل كأنها تودّع عمرها كله.

اقتربتُ منها بهدوء وقلت:
« يا أمّي، وضع الساق سيّئ جدًا، ولا سبيل إلا البتر. »
نظرت إليّ برجاءٍ يذيب القلب وقالت:
« اتوسل إليك يا دكتور، لا تبترها… إنه ابني الوحيد، لا زوج لي، هو كل حياتي. أرجوك. »
ثم نزلت على الأرض محاولة أن تُقبّل قدميّ.

تجمّد الزمن في تلك اللحظة.
رفعتها بقوة وقلبي ينهار من الداخل،
وقلت لها:
« لا تقلقي يا أمي، إن شاء الله سأعمل له ما أقدر عليه. »

دخلت غرفة العمليات ودموعي تخنقني.
الصمت يملأ المكان…
أنظر إلى ساقه وأحاول المستحيل.
أعدت تشكيل العظام، جمعت ما تبقى من عضلاته،
وثبّتّها بجهازٍ خارجي،
وأنا أعلم في قرارة نفسي أنها ساق لن تنجو،
لكنّي لم أستطع أن أطفئ بصيص الأمل في قلب أمٍّ وحيدة.

بعد ساعتين من الجراحة، خرجت إليها.
قلت لها بصوتٍ مبحوح:
« ما بترتها يا أمّي. »
نظرت إليّ بعينين غارقتين في الدموع،
أمسكت يدي وقبّلتها وهي تهمس:
« الله يجزيك خير يا ابني. »

تلك اللحظة كانت كافية لأن يتوقّف الزمن…
أن تُولد في قلبي ألف دمعة جديدة.
فرحة أمٍّ بسيطة بقدْرٍ ضئيلٍ من الأمل
في زمنٍ لم يترك لنا سوى الحزن والرماد.

هذه هي الحرب…
لا تكتفي ببتر الأعضاء،
بل تبتر القلوب والنفوس أيضًا.
تسرق من الأمّ ابنها، ومن الطبيب راحته،
وتتركنا — نحن الكوادر الطبية — نحمل في ذاكرتنا ندوبًا لا تُشفى.
ندوبًا اسمها: غزّة.
دكتور/نسيم حميده 
غزة فلسطين